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Portrait : Lova Lova

25.05.2021

Depuis le milieu des années 2010, Wilfried Luzele – alias Lova Lova – développe un univers mouvant, riche et personnel, nourri de l’énergie de Kinshasa, la bouillonnante capitale de la République Démocratique du Congo. Son concert rennais du 29 mai prochain donne l’occasion d’en savoir un peu plus sur cet artiste aux mille visages.

Né à Kinshasa à la fin des années 1980, orphelin dès la petite enfance, Wilfried Luzele se produit en public très tôt à l’église, comme choriste, tendance rap ; ce qui n’a pas forcément plu à l’époque…

Sapé comme Luzele

Après des études à l’Académie des Beaux-Arts de la ville, son goût pour la création et la performance mais aussi pour le stylisme et le design le fait devenir « sapeur », c’est-à-dire adepte de la S.A.P.E. – la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes – un mouvement culturel congolais centré sur le style vestimentaire et l’attitude qu’on relie souvent au dandysme européen. Des membres de son groupe de sapeurs apparaissent d’ailleurs dans le clip de Tam Tam sorti début 2016, un titre issu de son bien nommé Premier EP.

 

Si avant ce premier enregistrement, Lova Lova se nourrissait principalement de hip hop et de reggae, il fait alors progressivement entrer des influences plus variées dans sa musique, qu’elles soient rock, électroniques ou davantage ancrées dans des musiques locales. Sur ce même disque, le titre Liquéfaction de l’Homme en témoigne également, en plus de proposer des textes mêlant philosophie et poésie pour servir sa vision futuriste.

 

L’impro comme crédo

En 2017, Lova Lova participe à Kinshasa Collection, une websérie allemande très remarquée dans laquelle il joue son propre rôle de leader d’un groupe de sapeurs et dont il signe la musique, notamment le morceau Kizobazoba.

 

Kizobazoba signifie « improvisation » en lingala, un terme fortement revendiqué par les acteur·rice·s des scènes artistiques underground kinoises, obligé·e·s à chaque instant d’adapter leurs créations au manque de moyens. Lova Lova choisit d’ailleurs cette chanson comme morceau-titre de son premier album sorti en 2018. Et décide donc d’enregistrer dans d’autres langues (le lingala et le kikongo) et plus seulement en français comme sur son premier EP.

Enfant-sorcier et culte ngunza

Pour ce qui est du contenu de ses textes, certains sont ancrés dans le réel et la chronique du quotidien de la rue, lui qui est proche des « shégués », ces « enfants-sorciers » orphelins ou abandonnés par leur famille, comme lui aurait pu l’être : rejeté par l’église évangéliste – accusé d’être l’un de ces « enfants-sorciers » – il a finalement été sauvé par sa grand-mère qui l’a initié au culte ngunza qui vise notamment à l’invocation des ancêtres et à l’élévation spirituelle. Et c’est bien de cet héritage et de ces pratiques que Lova Lova s’est servi pour faire évoluer ses créations. Ses textes s’appuient donc aussi sur un imaginaire nourri de mythes anciens et de spiritualité religieuse auxquels s’ajoute même des éléments de science-fiction poétique qui le relie parfois à l’afrofuturisme.

Un univers souvent qualifié de « fantasmagorique » pour lequel il confiait en 2019 l’explication suivante à Jacques Denis, du journal Libération : « Pour transcender ce quotidien, j’ai créé des personnages qui sont à mes côtés, comme le pharaon dont je porte le costume. Je cherche des sons qui viennent d’univers parallèles […] Le monde est en train de s’écrouler, on va peut-être s’en sortir en mode apocalyptique. »

L’homme qui apparaît dans les rêves

L’année suivante, Lova Lova se pose à Paris pour étendre sa toile cosmique et éclate aux yeux et aux oreilles des mélomanes aux aguets : c’est ainsi qu’il se retrouve programmé aux Trans Musicales 2020, qui n’auront hélas pas lieu. Mais l’artiste est néanmoins retenu dans la liste des douze shows reprogrammés lors de l’événement en ligne Les Trans s’invitent chez vous produit et diffusé grâce aux fidèles partenaires des Trans, France.tv/Culturebox, TVR et FIP.

Pour ce nouveau chapitre, Lova Lova – qui collectionne les surnoms et les identités – se présente sous les traits de son nouvel avatar : Mutu wa ngozi, ou « l’homme qui apparaît dans les rêves ». En tenue de prêtre ngunza, bâton de sorcier à la main, lunettes « multivisions » en ferraille recyclée sur le nez, il vient partager sur scène son univers fantastique dans une énergie afrorock des plus singulières. Un retour idéal à l’expérience vibratoire de la scène, en direct et en public.

Les Trans présentent Lova Lova en concert à l’Aire Libre (Saint-Jacques-de-la-lande), le samedi 29 mai 2021 à 19h.  

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