Chronique

Développement durable : des actions au service du projet

13.11.2019

Un changement d’éthique : la responsabilité développement durable.
Depuis le déménagement du festival en 2004 du centre-ville de Rennes vers le Parc Expo Rennes Aéroport, Les Trans intègrent le développement durable (DD) dans la mise en œuvre du projet. À travers des engagements visibles et de nouveaux modes d’organisation, Les Trans s’engagent, sous l’impulsion de Béatrice Macé, directrice générale de l’association.

« En février 2005, à la fin d’une formation sur le développement durable, j’ai demandé à l’équipe : ‘‘Est-ce que vous voulez qu’on y aille ou pas ?’’ ». La réponse a été « oui » pour tout le monde. Depuis, l’équipe a lancé réflexions et chantiers pour rendre le projet de l’association plus responsable à différentes échelles : environnementale, économique, sociale et sociétale. Gobelets consignés, réutilisation des éléments décoratifs et scénographiques, tarifs accessibles, achats locaux… Des actions plus ou moins visibles qui « nous permettent d’être plus humains, plus attentifs aux autres et à nos environnements », précise Béatrice Macé. Il était donc logique pour l’association, qui place depuis l’origine les artistes et les publics au cœur de son projet, de prendre soin de ce monde dans lequel nous vivons tous. Le parallèle entre la protection de la nature et la promotion de la diversité culturelle semble d’ailleurs évident pour Béatrice : « Aujourd’hui, l’uniformisation, liée à la mondialisation et l’industrialisation, appauvrit l’écosystème artistique de même manière que le défrichage appauvrit l’écosystème naturel. Au contraire, la programmation de Jean-Louis [Brossard, directeur artistique des Trans] veut rendre compte de l’infinité de la création dans le monde ». Promouvoir la diversité, être au service de artistes et rendre compte de leur création, travailler de manière artisanale… Une philosophie déjà présente bien avant le déménagement de 2004 vers le Parc Expo et tout au long de l’année grâce à l’Ubu et aux actions culturelles. « En fait, nous étions ‘‘DD-compatibles’’ ! ».

Le développement durable, pour que vivent Les Trans

« Tout a changé avec ce déménagement ». Lorsque le festival migre en 2004 du centre-ville de Rennes vers le Parc Expo, il faut chercher la réponse aux nouveaux défis qui se présentent aux Trans Musicales. « Le développement durable, c’est le seul mode de pensée qui prenait en compte toutes les dimensions des problèmes que nous avions à résoudre ». 10 kilomètres séparent le site du festival du centre-ville et de la gare de Rennes ? Des navettes sont mises en place. Pas de loges pour accueillir les artistes ? Elles seront construites sur place chaque année, mais avec des matériaux réutilisables et recyclables. Ni bars, ni restaurants à proximité ? Un hall entier sera consacré à l’accueil des 13 000 festivaliers par soir au Parc Expo. « Il a fallu trouver des fournisseurs locaux, notamment pour l’alimentation bio et locale », se souvient Béatrice qui se félicite de la part que représentent désormais les produits d’origine naturelle proposés pendant le festival : jusqu’à 80 % dans le restaurant des équipes du festival en centre-ville. Ce nouveau mode de production rend ainsi les équipes des Trans « responsables de tout » : mise en place d’un système de tri qui permet aujourd’hui le recyclage de 78 % des déchets, éclairage moins gourmand en énergie pour les scènes depuis 2009 ou encore diminution du nombre de programmes imprimés. Ces actions, les publics y sont sensibles. Béatrice remarque même une exigence accrue des spectateurs quant à l’absence de toilettes sèches ou la présence de certains sponsors jugés peu cohérents avec l’engagement des Trans. « Le développement durable, cela consiste aussi à entrer en relation avec des acteurs qui n’ont pas tous le même investissement, mais qui sont dans l’idée de progresser. Et, soyons honnêtes, on ne peut pas non plus déstabiliser notre schéma économique. Le prix d’entrée aux Trans Musicales est cinq à six euros moins cher que la moyenne. » Cette politique tarifaire, déjà au centre du projet des Trans, est en effet un pilier essentiel dans la démarche de développement durable. Des prix bas accompagnés de dispositifs comme les concerts adaptés à l’Ubu, des guides en français facile pour les personnes en situation de handicap ou des aménagements sur-mesure, qui facilitent la venue du plus grand nombre au festival. Et ça, les artistes en ont aussi conscience lorsqu’ils peuvent faire le lien entre l’affluence aux concerts et cette volonté du festival d’être accessible à un large public, ou encore lorsqu’ils trient eux-mêmes leurs déchets en vidant leur assiette au restaurant du festival. A travers ces choses-là, « ils savent qu’ils arrivent dans un ‘‘festival DD’’ ».

Un management responsable pour un développement durable

Pour renforcer la portée de leurs actions de développement durable, l’équipe des Trans a adopté à partir de 2011 un système de management responsable. Comme des artisans maîtrisent leur geste, l’équipe anticipe chaque action en mesurant les incidences de celle-ci sur le reste de l’organisation, sur les nombreuses parties prenantes du projet et sur l’environnement en général. Ce management peut se résumer en quatre verbes : planifier, réaliser, vérifier, agir. Cette méthode imaginée par les statisticiens américains Shewhart et Deming sert aujourd’hui de tuteur à la mise en œuvre du projet artistique et culturel.

Les Trans ont 40 ans mais ne cessent d’évoluer. Fière de la double certification ISO 20121, norme internationale saluant une construction plus responsable et durable des événements, obtenue par Les Trans sur les périodes 2013–2016 et 2016–2019, la directrice tient à mettre en avant une action qui lui tient particulièrement à cœur. Depuis 2017, les denrées alimentaires non consommées dans le restaurant des équipes et artistes du Parc Expo sont reconditionnées pour être redistribuées, via des associations œuvrant dans le champ social. Et en 2019, cela sera étendu au restaurant du Liberté en centre-ville. Parmi les autres nouvelles mesures à venir, des gourdes en inox seront prochainement testées à l’Ubu avant un éventuel déploiement à plus grande échelle. Et le plastique doit également être banni de toute la restauration publique dès la prochaine édition du festival. Nouveauté 2019 toujours, les personnes malvoyantes pourront découvrir en audiodescription le concert de Lous & The Yakuza, création annuelle des Trans Musicales à l’Aire Libre. Toutes ces mesures sont autant de moyens, selon Béatrice, de « mieux prendre en considération ceux qui sont autour de nous et ceux qui arrivent après nous, car le développement durable, c’est l’abolition des frontières entre le temps et l’espace ».

Ronan Le Mouhaër