Chronique

Disparition de Philippe Zdar, pionnier de la French touch

20.06.2019

C’est avec une immense  tristesse que nous venons d’apprendre la disparition de Philippe Zdar. Pionnier de la musique électronique dansante à la fin des années 90, ingénieur du son, producteur, DJ et chanteur, Zdar était venu à trois reprises aux Trans Musicales avec ses divers projets.

Philippe Zdar, de son vrai nom Philippe Cerboneschi, a débuté dans le métier comme assistant du producteur Dominique Blanc-Francard, qu’il avait rencontré au studio Marcadet à Paris. Devenu ingénieur du son au Studio Plus XXX, il a notamment travaillé sur les deux premiers albums de MC Solaar (“Qui sème le vent récolte le tempo” en 1991 et “Prose Combat”), pour lequel il a aussi composé des instrumentaux en compagnie de Hubert Blanc-Francard (fils de Dominique, connu sous le nom de Boombass).

Les deux compères travaillaient alors sous le nom de La Funk Mob, et ont très vite été repérés par le label anglais Mo’Wax, pour lequel ils ont ensuite enregistré plusieurs maxis à la couleur abstract hip hop. C’est dans le cadre d’une soirée consacrée au label que le groupe a été programmé aux Trans Musicales en 1995. Jean-Louis Brossard, co-directeur et programmateur aux Trans, se souvient :

J’avais rencontré James Lavelle, il était venu à Rennes, on avait passé une journée, je lui avais montré la Cité pour qu’on voie comment on allait mettre le son pour la soirée Mo’Wax. La Funk Mob m’avait bien plu parce qu’il y avait ce côté live qu’il y avait moins avec Peshay et DJ Shadow, des DJ.

Cette même année, Philippe Zdar était programmé avec un autre groupe sur cette même édition des Trans Musicales où soufflait un vent de nouveauté (avec Daft Punk, St Germain et The Mighty Bop, un des premiers noms de scène de Bob Sinclar) : Motorbass. Projet monté avec Etienne de Crecy, inspiré de la house de Detroit (d‘où le nom faisant référence à la Motor City), Motorbass est considéré comme un des pionniers de la French Touch, notamment grâce à son album “Pansoul”.

Alors qu’Etienne de Crecy s’en allait voler de ses propres ailes, mettant un terme à Motorbass, Philippe Zdar a poursuivi sa collaboration avec Boombass, s’éloignant définitivement de l’abstract hip hop pour aller vers les horizons electro, funk, pop et house qui sont la matrice de la French touch. Des cendres de La Funk Mob est ainsi né Cassius, grand acteur du mouvement, qui n’est pourtant passé aux Trans Musicales que bien après son apogée, en 2006. Jean-Louis Brossard en explique la raison :

Je les ai programmés en 2006 parce que c’était la première fois qu’ils allaient vraiment faire un live. Ils étaient nombreux sur la scène du Hall 9, je me souviens qu’ils étaient vachement contents. On avait discuté backstage après leur concert, c’était une vraie réussite.

Cassius Aux Trans Musicales en 2006

 

En dehors de ses groupes, Philippe Zdar était un magicien de studio reconnu, notamment pour ses collaborations avec Phoenix, Cat Power ou The Rapture. Ces derniers temps, le projet Cassius était à nouveau au centre des ses priorités. Ce décès tragique surgit alors que Cassius s’apprête à sortir un nouvel album intitulé “Dreems”, disque solaire et festif.