Chronique

Rowland S. Howard : portrait d’un artiste culte

06.02.2020

Avec une unique date en France en dehors de Paris, le concert “Pop Crimes : The Songs of Rowland S. Howard” de dimanche soir à l’Ubu est un véritable événement de ce début d’année à Rennes. Une occasion rare de célébrer l’œuvre d’un musicien culte et incontournable de la scène punk et post-punk australienne en compagnie d’artistes d’exceptions et particulièrement légitimes pour lui rendre hommage puisqu’ils ont tous collaboré avec lui durant sa carrière.

Né en 1959 à Melbourne, Rowland S. Howard s’impose comme un songwriter précoce au sein du groupe The Young Charlatans. Il y écrit notamment sa chanson Shivers en 1976 à l’âge de 16 ans, reprise avec succès dans son futur groupe… Il intègre en effet The Boys Next Door en 1978 en tant que second guitariste et rejoint ainsi la formation créée autour du chanteur Nick Cave, du guitariste Mick Harvey et du batteur Phil Calvert. Ces musiciens ont beau jouer ensemble depuis 1973, l’arrivée de Howard révolutionne leur son, avec notamment sa maîtrise de l’effet larsen (le fameux « feedback »). Quand le groupe change de nom pour devenir The Birthday Party en 1980, Howard a alors totalement marqué de son empreinte l’identité sonore de cette formation. Souvent qualifiée de romantisme noir ou d’expressionniste, la mise en musique de la poésie de Nick Cave est alors déjà fortement influencée par le jeu et le son de guitare de Howard : une forme de blues électrique brut et désarticulé alternant les arpèges aériens et les riffs tendus aux frontières de la dissonance, notamment dans les morceaux post-punk les plus sauvages.

 

Avant même que The Birthday Party ne se sépare et ne mute vers Nick Cave And The Bad Seeds, Rowland S. Howard avait entamé une série de collaborations qui constituera un pan essentiel de sa carrière dans les années 1980 et 1990. Que ce soit avec Lydia Lunch, Nikki Sudden, Fad Gadget, Barry Adamson, Henri Rollins ou Kas Product, Howard a posé sa patte si identifiable dans tous les projets auxquels il a participé. Sans oublier bien sûr sa participation au groupe Crime & The City Solution en 1985–86, puis la création en 1987 avec son frère Harry Howard et Genevieve McGuckin de These Immortal Souls, un projet principalement basé sur son écriture, son style de jeu de guitare et donc son approche esthétique très personnelle.

 

La troisième période de cette riche épopée musicale est quant à elle centrée sur ses deux albums solo, Teenage Snuff Film en 1999 chez Reliant Records, puis Pop Crimes en 2009 chez Liberation Music. Et c’est logiquement dans ce cycle centré sur son écriture et moins conditionné par des collaborations diverses que l’œuvre de Rowland S. Howard atteint finalement son niveau d’excellence.

 

Mort du cancer en décembre 2009, peu de temps après la sortie de Pop Crimes, Rowland S. Howard aura mis ses dernières forces dans l’enregistrement de ce disque mais n’aura pas eu l’opportunité de le présenter en tournée. Ses amis et collaborateurs les plus talentueux le font aujourd’hui à sa place, pour lui rendre hommage et nous faire vibrer un soir de plus avec ses chansons rugueuses et embrumées, parfaits échos d’une âme sombre et mystérieuse.

 

Le concert “Pop Crimes : The Songs of Rowland S. Howard” a lieu le dimanche 9 février 2020 à 19h à l’Ubu. Le concert sera en deux parties : une première axée sur le répertoire de These Immortal Souls puis une seconde centrée sur l’oeuvre de Rowland S. Howard.

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