Flashback

UBU, EARLY YEARS : Screamin’ Jay Hawkins

28.05.2020

Ubu, Early Years est une exposition créée à l’occasion des 30 ans de l’Ubu en 2017 : une photo d’un artiste programmé dans les premières années du club illustre un témoignage de Jean-Louis Brossard, son directeur artistique. On retrouve ici Screamin’ Jay Hawkins, qui avait joué à l’Ubu le 16 octobre 1991.

Je l’ai fait deux fois à l’Ubu, et la deuxième fois je l’ai fait deux jours à suivre. J’étais allé à l’aéroport de Rennes où tous les artistes déboulaient. Et là on s’aperçoit qu’il manque une caisse, dans laquelle il y a le fameux sceptre à tête de mort de Jay, qui s’appelle Henry. Jay dit qu’il n’a jamais fait un concert sans Henry, et là ça craint vraiment. Après une bonne discussion avec les personnes de l’aéroport, en les menaçant de devoir rembourser les deux soirées, ils l’ont fait envoyer de Paris par avion sur Lorient et ensuite la caisse avec Henry dedans a fait Lorient-Rennes en taxi. Bien évidemment le taxi ne savait pas ce qu’il transportait !

“Et là on s’aperçoit qu’il manque une caisse, dans laquelle il y a son fameux sceptre à tête de mort.”

Il m’a fait un truc vraiment cool, Jay : il jouait du piano, un quart de queue, sur la droite de la scène. On a toujours notre pilier un peu chiant et il y a une partie du public qui ne le voyait pas vraiment. Le lendemain, il a accepté de se mettre à gauche, de changer de place, ça veut dire que toute la formation changeait aussi, les cuivres qui étaient d’un côté allaient de l’autre — souvent les artistes peuvent refuser ce genre de chose.

Il était vraiment charmant et drôle, très attentif aux gens, et quel chanteur — il peut avoir des passages d’opéra. Il a un grand classique qui s’appelle I Put A Spell On You, qui a été repris par Arthur Brown, Nina Simone… Une gueule pas possible, des fringues vaudous entre Haïti d’un côté et la Nouvelle-Orléans de l’autre, des os dans le nez, un show incroyable. Il pouvait mettre une chaise sur scène et son valet – il avait un valet, quand même, il faut le savoir, quelqu’un de très cool et intéressant d’ailleurs — allait chercher une fille dans le public, et il l’asseyait sur scène pendant un ou deux morceaux. Ça lui plaisait, c’était presque un honneur pour lui d’avoir une jolie fille à côté de lui. Il avait envie de séduire, c’était pour avoir une présence, c’était plutôt mignon.”