Chronique

Bien connaître et comprendre les publics, pour mieux se rencontrer !

06.05.2021

« Rencontres Trans Musicales de Rennes »… Le nom du festival qui a forgé l’ADN de l’ensemble du projet des Trans est souvent raccourci et, par facilité, nous sommes nombreuses et nombreux à l’appeler simplement « Trans Musicales ».

Pourtant, au sein de l’équipe organisatrice, nous disons souvent que, dans ce nom, le terme le plus important est sans doute « Rencontres ».

En effet, plus qu’acteur·trice·s des musiques actuelles, diffuseur·euse·s de concerts, organisateur·trice·s d’événements ou même professionnel·le·s du spectacle vivant, nous nous considérons avant tout comme des artisan·e·s de la rencontre entre artistes et publics.

Que ce soit en saison, à l’Ubu et ailleurs, ou pendant le festival, cette rencontre est absolument au centre de notre action puisque sans artistes, pas de publics et sans publics, pas d’artistes. Cette rencontre est un tout supérieur à la somme des parties qui y participent. Elle est cet espace fondamental où peut se réaliser l’utopie fondatrice de notre projet : que chacune et chacun, par un processus d’émancipation, puisse choisir et vivre librement sa vie culturelle et expérimenter son propre rapport à l’art. C’est bien cet horizon qui donne une importance toute particulière aux publics dans le projet des Trans.

Spontanément, cela convoque sans doute chez vous des images de concerts vibrants, d’Ubu rempli jusqu’au petit matin, des souvenirs d’ovations pour ces artistes que l’on voit sur scène pour la première fois, de festivalier·ère·s réuni·e·s dans le Hall 5 scénographié du Parc Expo, entièrement dédié à l’accueil des publics, et mille autres images encore. Cela renvoie aussi à des expériences bienheureuses de découverte, de plaisir, de convivialité, de partage et d’échange. Et c’est avant tout à cet endroit que se joue ce qu’il y a d’essentiel dans l’expérience d’être publics.

Au sein du projet Trans, au-delà de l’attention donnée de longue date à l’accueil et au confort des personnes, cette place centrale des relations avec les publics a aussi motivé la mise en place d’actions nombreuses pour aller à la rencontre de celles et ceux qui n’avaient pas forcément l’habitude, voire la possibilité, de venir à la nôtre. Et là, il est notamment question des concerts dans les prisons (dès 1990), des années Quartiers en Trans à Rennes (tout au long de la décennie 1990), de Kaléidoscope dans les territoires d’Ille-&-Vilaine (2005–2017) et, actuellement, des Trans en résidence. Le service d’action culturelle aux Trans a été créé en 2003, à un moment où cette dynamique était très peu répandue dans le domaine des musiques actuelles.

C’est dans la diversité des rencontres artistes-publics que des formes alternatives de relations s’élaborent et font bouger les lignes de notre projet et de nos actions. Et parce que nous voulons toujours mieux comprendre ce qui se joue dans les relations avec les publics, nous avons souhaité au tournant des années 2000–2010 nous rapprocher du champ universitaire des sciences humaines et sociales. Il s’agissait et il s’agit toujours de traduire en études et analyses notre intérêt fondateur à cette rencontre irremplaçable. Cela a donné lieu à de premiers travaux puis, en 2016, au recrutement au sein de notre équipe permanente d’une doctorante (aujourd’hui docteure) en thèse CIFRE sur l’étude des publics.

Ce lien avec le champ de la recherche, croisé avec une volonté de relecture de notre activité au regard des droits culturels, a ouvert de nouveaux possibles concernant la connaissance des publics et a offert le moyen de construire des projets cohérents, innovants et porteurs de toujours plus de liens. Renforcée par la collaboration avec le monde de la recherche, la production de connaissances sur les publics est vecteur d’évolution du projet et d’expérimentations dans la manière de le mettre en œuvre. Ce cheminement nous a permis d’avoir davantage de recul et de partager à travers diverses publications, une partie des réflexions et questionnements nourris par le travail de recherche mené depuis de nombreuses années.

Parce que les publics méritent toute cette attention !

De la rencontre à la relation d’un acteur culturel avec un laboratoire de sciences humaines et sociales

Pour information : 

Quartiers en Trans” est un dispositif d’actions culturelles (concerts et rencontres) mises en place dans les quartiers rennais durant les années 1990. 

Kaléidoscope” et “Les Trans en résidence” sont des dispositifs multi-partenariaux d’éducation artistique et culturelle (ateliers de pratique, rencontres avec des professionnel·le·s et artistes, concerts) mis en oeuvre sur différents territoires. “Kaléidoscope” a existé de 2005 à 2017 et était lié au festival et à sa programmation. Le dispositif “Les Trans en résidence” est pluri-annuel, intègre l’ensemble du projet des Trans à l’année et existe depuis 2016. 

Les thèses CIFRE (Convention Industrielle de Formation par la Recherche) sont financées par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, permettent aux entreprises ou associations de recruter un·e salarié·e doctorant·e sur un projet de recherche et développement propre à la structure d’accueil.