Chronique

Histoires de publics : Daft Punk

25.02.2021

En 2018, le projet Histoires de publics voyait le jour, appelant les festivalier·ère·s habitué·e·s des Trans Musicales ou non, professionnel·e·s, artistes, bénévoles, à raconter un de leurs souvenirs, lié à un morceau, un·e artiste, une soirée des Trans Musicales. Ces rencontres entre artistes et publics, et toutes les histoires qui en découlent, construisent la mémoire collective d’un festival. Plusieurs témoignages sont déjà en ligne et la contribution reste toujours ouverte, si vous souhaitez vous aussi partager un souvenir intimement lié à un·e artiste, un groupe découvert·e aux Trans Musicales.

Depuis l’annonce de la fin du projet Daft Punk, les hommages et souvenirs affluent, permettant de comprendre l’impact du phénomène et d’apprendre encore de nouvelles choses sur le groupe. C’est donc l’occasion parfaite pour partager avec vous le souvenir d’un festivalier, qui était le samedi 7 décembre 1996 au Parc Expo, devant Daft Punk ! 

Samedi 3 décembre 2016 au Parc Expo, 4h30 du matin environ. On approche de la fin de cette édition et je me dirige comme prévu vers le hall 8 pour assister au show très attendu de la fanfare techno Meute. Je me permets néanmoins un petit détour par le grand hall 9 pour capter en quelques minutes l’ambiance du concert de Contrefaçon. Le groupe parisien produit une bande-son électro-house qu’ils mettent en scène dans une série de clips narratifs sombres, futuristes et parfois violents. Malgré la qualité et l’intensité du show, je m’apprête à quitter la salle comme prévu, quand soudain, au milieu de leur propres productions, ils lancent « Rollin’ & Scratchin’ » de Daft Punk, comme une citation ou un hommage. Je me ravise et reste donc là. Progressivement, au fur et à mesure que la mécanique impitoyable de ce morceau complètement dingue se met en place et que l’hystérie collective commence à gagner les danseurs et les danseuses qui m’entourent, je m’aperçois que je suis en train de vivre un voyage dans le temps, au sens littéral. Une expérience quasi-mystique, tout en restant strictement immobile.

Samedi 7 décembre 1996, soirée Planète. Je viens d’arriver à Rennes pour faire mes études il y a 3 mois et ce sont mes premières Trans. Je suis au beau milieu du plus grand hall du Parc Expo et j’assiste avec des potes au concert de Daft Punk. Avant ce jour, le duo était une promesse : « des jeunes talentueux », « l’avenir de la house française »… Avec ce concert, nous avons aussitôt acquis la certitude que c’était les plus grands, et pour longtemps. Quand les premiers kicks de « Rollin’ & Scratchin’ » ont commencé à émerger du mix, j’ai ressenti physiquement la clameur qui se diffusait dans toute la salle. Un frisson à la mesure de ce morceau, cette face‑B – peut-être la plus grande face‑B de l’histoire des faces‑B – qui à elle seule a converti un nombre incalculable d’amateurs de rock réfractaires à la techno. En tous cas jusqu’à ce qu’ils entendent ces sonorités incroyables : il était donc possible de sculpter des sons synthétiques pour qu’ils soient aussi rugueux, avec ce grain de papier de verre, le tout sur un rythme paradoxalement aussi martial qu’élastique. Les vagues nous submergent à chaque nouvelle montée. Tout le monde saute. Tout le monde hurle. Et tout le monde chante en imitant les montagnes russes réalisées par cette sonorité indescriptible qui nous emmène tous vers l’acmé orgasmique de ce morceau de bravoure jamais égalé.

J’avais 20 ans il y a un instant, j’en ai 40 à présent.

Et je constate avec bonheur que la musique a toujours autant le pouvoir de m’émouvoir.”

 

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