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Retour aux sources : Mick Strauss

18.03.2021

On découvre souvent les artistes sur scène, sur album ou dans un clip. On peut aussi apprendre à les connaître autrement, en s’intéressant aux groupes et aux morceaux qui les inspirent ou les ont inspirés, et qui sont même parfois à la source de leur cheminement musical.

Dans le cadre de son nouveau projet portant le nom de son mystérieux personnage Mick Strauss, Arthur B. Gillette, guitariste et cofondateur de Moriarty, dévoile cinq groupes ou artistes qui influencent sa conception de la musique. 

Sister Rosetta Tharpe — Up Above My Head (1947)

 

Rosetta Tharpe (1915–1973) fait totalement corps avec son instrument. J’adore son jeu d’une vitalité absolue. D’apparence simple, il est pourtant complexe à reproduire. Rosetta Tharpe sait faire rugir sa guitare ! Quand je joue, je pense à elle, à son approche. Je suis autodidacte. Je ne sais pas lire la musique mais je me rends compte que ce qu’il m’a longtemps semblé être une faiblesse est en réalité un atout : jouer d’instinct permet d’obtenir un son beaucoup plus singulier et original. Sur scène, d’ailleurs, à force d’expérimentations, j’accorde maintenant ma guitare en open de Do et je retire deux cordes. Les limitations qu’entraînent de ne jouer qu’avec quatre cordes (deux en Do, une en Sol, une en Ré bémol), permettent d’explorer la racine de mes chansons.”

[L’open de Do est un accordage de guitare non standard qui permet de jouer un accord de Do lorsque l’on joue les cordes « à vide » c’est-à-dire sans toucher au manche.]

Alain Péters — Romance pour un zézère (1984)

 

Alain Péters (1952–1995) est un formidable chansonnier et poète réunionnais qui a transcendé la tradition créole du maloya. J’aime la sophistication simple de ses sublimes mélodies. Avec Moriarty, nous sommes allés une dizaine de fois à La Réunion. Nous avons joué avec des icônes comme le poète Danyèl Waro et la chanteuse Christine Salem. Nous avons aussi monté le groupe Wati Watia Zorey Band avec lequel nous avons repris des titres d’Alain Péters. Sa langue créole me rappelle mon amour pour la Louisiane et la musique cajun. Alain Péters est un repère. Quand j’écris je pense à sa poésie et au bonhomme. Il me dit qu’il faut être honnête avec soi-même, faire de la musique avec la plus grande sincérité, ne pas soucier du succès. De toute façon, le succès n’est qu’une question de chance.”

 

DAF — Der Mussolini (1981)

 

Les Allemands de Deutsch Amerikanische Freundschaft, qui signifie « Amitié germano-américaine » en français, sont, eux, un parfait exemple de lâcher prise. Ce groupe est comme un pense-bête, un post-it que j’emmène avec moi tout le temps avec écrit ‘Liberté’ collé dans ma tête. C’est une piqûre de rappel pour ne pas oublier que la priorité est l’amour intense de la musique.

 

Musique peule de Dori, Burkina Faso

 

En 2001, j’ai entamé un voyage initiatique d’un an avec Thomas Puéchavy, l’un des membres de Moriarty. Nous voulions suivre la voie du blues entre l’Afrique de l’Ouest et les États-Unis. Avant d’explorer les recoins perdus du Mississippi, nous nous sommes ainsi rendus à Dori, au Burkina Faso, où nous avons enregistré des musiciens peuls. J’ai aussi acheté des cassettes fait-maison sur les marchés. J’ai trouvé la langue tellement belle qu’en rentrant à Paris je me suis inscrit à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales pour l’apprendre. Il y a dans leur chant-parlé une force de caractère incroyable sans être démonstrative. Aujourd’hui, cette région est mise sous cloche par des groupes religieux radicaux qui interdisent la musique. Pour mon plus grand bonheur, j’ai récemment découvert que beaucoup de ces enregistrements ont été mis en ligne sur YouTube. La musique continue de vivre malgré tout.”

Hildegard Westerkamp — Türen der Wahrnehmungen (Portes de la perception) (1989)

 

C’est ma compagne qui m’a fait découvrir le travail de cette compositrice canadienne. On entend cette pièce sonore réalisée à partir de bruits divers à la fin de Last Days, le film de Gus Van Sant inspiré par les derniers jours de Kurt Cobain. Le son, en tant que matière musicale, m’intéresse beaucoup. C’est une direction que je veux explorer. Pour le projet Mick Strauss, j’ai pratiqué le field recording, c’est-à-dire l’enregistrement et l’utilisation de sons naturels ou créés par l’homme. Pour France Culture, j’ai déjà réalisé des créations documentaires. Le son le plus marquant ? Celui de l’eau qui s’abat sur les parois des grottes du Lac Supérieur, au Nord des États-Unis. Cela produit une sorte de basse absolument dingue. Je veux créer des rythmes à partir de ça.”

 

Écouter la playlist complète

Mick Strauss a collaboré avec Les Trans à la fin du mois de mars dans le cadre d’ateliers de pratiques musicales en milieu scolaire à l’école primaire Pascal Lafaye de Rennes et au collège François-René de Chateaubriand de Combourg ; il sortira prochainement son premier album solo, Southern Wave ; enfin, il prépare le spectacle associé à ce disque dans le cadre d’une production mutualisée dont nous nous faisions déjà l’écho ici il y a quelques mois.

retours sur les ateliers de pratiques musicales en milieu scolaire